Patrimoine

Le cœur du patrimoine historique de Champagne est l’église Saint-André qui domine le bourg. Cet édifice imposant a bien traversé les siècles. Son originalité réside dans son double style roman (la nef) et gothique (le chœur). Edifiée à la charnière du XIIe et du XIIIe siècle, sa construction dans la continuité explique qu’elle ait gardé une grande homogénéité malgré ses styles différents. La réalisation robuste dès l’origine grâce à ses murs « doubleaux » lui a épargné le rajout de contreforts disgracieux. L’absence de destructions postérieures, l’attention portée par ses habitants, ministres du culte et municipalités successives font que ce monument nous est parvenu pratiquement intact. L’église de Champagne est monument classé depuis 1938.

La partie romane, de style typiquement saintongeais en reprend les codes dans les sculptures des modillons et des façades. La façade nord, la plus visible, est ornée d’un portail remarquable dont la réhabilitation vient d’être achevée. Ses voussures présentent les décorations classiques de l’art roman saintongeais, des chimères (griffons, dragon, basilic) qui rappellent aux fidèles passant le porche l’omniprésence du diable et de ses tentations. Jusqu’en 1763, ce portail  marquait la limite du royaume des morts et celui des vivants.  Les visiteurs qui pénètrent sur la place ignorent probablement qu’ils sont sur l’antique cimetière où ont été enterrés plus d’un millier de  Champagnais du XIIe siècle au XVIIIe siècle comme l’ont révélé les fouilles archéologiques. Une autre partie des défunts repose dans un ossuaire logé sous la nef de l’église  qui a recueilli au XVIIe siècle les sépultures réservées dans l’église depuis le XIVe siècle et les ossements déplacés lors du déménagement du cimetière en 1840.

Le porche roman restauré
 et l’ossuaire souterrain

Le chœur gothique, très élégant est un des rares exemples du premier gothique saintongeais avec son abside à cinq pans unique dans la région. Le passage du roman au gothique est perceptible aussi à l’intérieur. Ayant pénétré dans la nef par la « nouvelle » porte ouverte en 1763, on est frappé par l’ampleur et la continuité de la construction malgré le passage de la voûte en berceau romane aux croisés d’ogives gothiques. Les mélanges et hésitations visibles dans les colonnes et les chapiteaux confirment le mélange harmonieux des styles. La sobre décoration intérieure, le dallage ancien et les stalles en bois du XIXe siècle sont bien conservées. Le clocher exprime aussi cette transition: construit à l’époque gothique, il garde un aspect roman avec ses élégantes arcatures aveugles ; il repose d’ailleurs sur  une base romane. L’ensemble a été probablement construit dans la continuité du milieu du XIIe siècle au début du XIIIe. Une ancienne sacristie au sud abrite des sarcophages contemporains du chœur. Les céramiques funéraires qui y ont été retrouvé ont été datées du début du XIIIe siècle.

La commune abrite aussi plusieurs anciennes demeures seigneuriales (Le Roc, La Salle, L’Eguille, le Puy, Le Bouil, Les petits Ajots) dont certaines ont gardé leur pigeonnier, marqueur du logis noble. . Des six moulins visibles sur la carte de Cassini, ne restent debout que les moulins en pierre de Razour et du Pas d’Arnaise daté de 1550. Un four à chaux restauré est visible près du Bouil. Le bourg renferme plusieurs maisons dont les plus anciennes remontent au XIVe siècle. Des fouilles menées près des carrières dans le « puits de la Bouteille » ont permis d’exhumer une quantité considérable de céramiques datées du XIIIe au XVIIIe siècle.

Pour en savoir plus: 

  • L’église Saint-André de Champagne, JP. Renoux et S. Goillot (Editions du Passage des Heures, 2018- 18 €) est disponible à la mairie ou à la boulangerie.
  • Châteaux, manoirs et logis, La Charente-Maritime, Frédéric Chasseboeuf, (Patrimoines Medias, 1993).

The church of St. André, Champagne

You are standing in what was formerly the walled Parish churchyard, which surrounded the village church from the XIIth until the XIXth century. There are more than one thousand graves here, whether stone sarcophagi from the Middle Ages or burial spots carved directly in the limestone bedrock which recent archaeological excavations have unearthed. All the graves are aligned in the same manner and are orientated on an east-west axis. Built between the XIIth and XIIIth centuries, the church dates back to the earliest origins of the village of Champagne. It is a composite of styles: principally a Romanesque nave and a Gothic chancel, one of the first in the Saintonge region. In times of unrest the church also provided a place of refuge, particularly during the Hundred Years’ War, when a defensive moat was dug around the churchyard. Since the end of the Middle Ages the church has remained remarkably unchanged.

The recently rediscovered Romanesque north doorway

The original north doorway of the church of St. André has recently been unblocked to reveal the aspect it had before it was closed in 1763. It is built in the pure Saintangeais Romanesque style and has been dated to the second half of the XIIth century. The doorway marks the passage from the secular external world into the sacred interior of the church, from the kingdom of the dead into that of the living. It is also a voyage  into the Medieval mind, populated by symbolism and mythical creatures. Dragons, basilisks, gryphons and chimeras remind the believer, who is about to cross the threshold, of the devil’s omnipresence. The interlacing of the capitals represents the progress of  the soul seeking its route to heaven. The sculpted decorations of the arches take the classic themes of Saintongeais Romanesque architecture: marguerites, palm leaves and diamond shapes, all of  which have been used since  Classical times. Above the doorway itself there is a central corbel with a small frieze of carved gryphons supporting two arches and  higher up a relief of a centaur.