Histoire de la commune

Le village de Champagne entre dans l’histoire « écrite » à la fin du XIe siècle quand le seigneur du lieu fait don des terres qu’il y possède à l’Abbaye-aux-Dames de Saintes. Mais cette entrée dans l’histoire par les archives ne signifie pas que le village sortait alors du néant. Des prospections et des fouilles archéologiques ont révélé des présences humaines dans tout le territoire de Champagne depuis le paléolithique jusqu’à l’époque gallo-romaine. Les sites sont particulièrement nombreux le long du Ruisseau Arnaise qui était navigable dans ces temps anciens : silex taillés, enceintes néolithiques et de l’âge du Fer, fontaines et gués d’époque gauloise. Dans les années  1970, un vaste ensemble architectural gallo-romain daté des premiers siècle de notre ère est mis au jour dans le bois du Châtelet dominant l’Arnaise, dans la commune voisine de Saint-Agnant. La reprise récente des investigations révèle l’étendue d’une véritable ville avec ses temples et ses artisans qui s’étendait aussi sur Champagne : probablement l’ancienne « capitale » aux Ier-IVe siècles de cette partie de la Saintonge maritime. 

La création du village de Champagne et le regroupement de l’habitat autour d’une église  au XIIe siècle correspond à la prise en main de la région par les abbayes qui vont organiser les défrichements de la grande forêt du Baconais entre la Charente et la Seudre.  Cette époque est aussi celle du règne de la duchesse-reine Aliénor, figure emblématique du Poitou et de l’Aquitaine sous l’empire des Plantagenêt et qui dispute la Saintonge au royaume de France.  Plus tard, pendant la Guerre de Cent ans, en 1381, au plus fort de la reconquête française, les Anglais occupent le « fort de Champagne ». Un fossé défensif mis à jour par les fouilles archéologiques préalables au réaménagement de la place de l’église, date de cette période troublée où l’église servait de refuge pour les hommes et les animaux. Certains indices de construction de l’église suggèrent qu’elle a pu servir de point d’appui fortifié. La position du bourg sur son promontoire entouré d’anciens marais corrobore l’hypothèse d’anciens érudits que le village était entouré de murailles. Un ancien fossé remontant à l’antiquité et une porte fortifiée médiévale à l’ouest en protégeaient l’entrée.

Les guerres de Religion au XVIe siècle semblent également avoir épargné l’église Saint-André à la différence d’églises proches comme celles d’Echillais et de Saint-Sornin qui ont souffert des combats entre Catholiques et Protestants : la « Xaintonge des Isles de Maresnes » était un fief protestant. Le château voisin de Saint-Jean d’Angle a été un enjeu militaire pendant ces guerres. Les documents manquent pour apprécier leur impact sur le village, mais les nombreuses caves et souterrains trouvés sous des logis et maisons anciennes peuvent faire penser qu’on a cherché à se protéger du passage des bandes armées.

Sous l’ancien régime, Champagne est dominée par des nobles possédants de grandes propriétés et métairies qui pratiquent une forme de monoculture de la vigne. L’agriculture est dominée  par l’exportation de vin puis d’alcool à partir du 18e siècle qui a succédé au commerce du sel. Des témoignages postérieurs montrent que « les terres labourables occupent moins de la moitié des 1844 hectares de la commune, les bois, occupent un tiers des surfaces, le reste se répartit entre les vignes, les prés permanents et les landes » comme on le voit sur les cartes de Cassini.

Les registres paroissiaux du 18e siècle avant la révolution laissent apparaître une vie difficile avec une mortalité infantile énorme et supérieure à la moyenne de la région, ce qui pourrait confirmer l’appréciation portée alors par un observateur : « On trouve dans la partie sud de cette paroisse de vastes terrains laissés incultes et un grand nombre de maisons successivement abandonnées, triste effet de la dépopulation progressive de ce pays ».  L’augmentation de population, régulière à partir de la fin du 18e siècle témoigne d’une amélioration progressive des conditions de vie. La construction de routes empierrées désenclave les campagnes mais leur entretien est coûteux et elles se dégradent vite. Les corvées demandées aux paysans pour leur entretien alimenteront les  Cahiers de Doléances rédigés en 1788, prélude à la révolution.

Les registres de délibération de la toute jeune commune de Champagne montrent que les Champagnais accueillent les évènements de la Révolution avec sympathie : l’église devenue maison commune accueille la Fête de la Fédération  le 14 juillet 1790 au cours de laquelle, comme sur le Champ de Mars à Paris, la population fête la Nation, le Roi et la Loi.  Le premier maire de Champagne est le curé-prieur qui prête serment à la constitution en 1790. A partir de 1792, l’ambiance change. Les grands domaines et leurs métairies sont saisis comme Biens Nationaux quand leurs propriétaires nobles ont émigré. Puis à partir de 1793 les réquisitions d’hommes, de chevaux et de récoltes à partir de 1793 provoquent des résistances importantes.

Le calme revenu, le 19e siècle est une période d’expansion jusqu’à la crise du phylloxéra qui va ruiner les domaines viticoles. Ils sont rachetés notamment par de nouveaux arrivants venant du bocage vendéen et poitevin qui vont introduire l’élevage. Les surfaces ainsi libérées,  permettent de rétablir  l’équilibre céréalier. L’autre bouleversement est l’arrivée du chemin de fer avec le passage à Champagne de la ligne de « tram » qui relie Saintes à Marennes inaugurée en 1903 et qui va faciliter les déplacements au quotidien.

Carte ancienne

Anciens plans de Champagne : Masse (1715), Cassini (vers 1789)

La Grande Guerre marque un coup d’arrêt. Vingt-cinq  jeunes Champagnais sont morts pour la France. Après un entre-deux guerres paisible, le village fut brièvement occupé par les allemands en 1940.  Libéré par le maquis en septembre 1944, les habitants de Champagne vécurent de loin la bataille de la « Poche de Royan ».  Après-Guerre, le village connait l’exode rural mais la construction d’une nouvelle école en 1960 témoigne d’un dynamisme retrouvé. Aujourd’hui Champagne est associé à deux communes voisines, Saint-Jean-d’Angle et La Gripperie-Saint-Symphorien auxquelles elle est liée par des liens historiques anciens pour  scolariser près de 200 élèves.  Champagne abrite une population mélangée, des artisans, une boulangerie.